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  • William

L'activisme actionarial partie 2 : Relation entre activisme et performance des entreprises

Dernière mise à jour : 24 janv. 2020



Alors qu’une réaction positive des marchés à la suite d’actions activistes semble globalement acquise par le monde académique, qu’en est-il de leurs impacts sur la performance des entreprises ciblées ? Sur ce point, le débat semble rester ouvert entre les pro-activistes et les anti-activistes. Alors que les premiers considèrent que l’intervention des activistes concourt à de meilleures performances des sociétés ciblées, les seconds mettent en avant leur vision court-termiste et affirment que les impacts négatifs de leurs actions viennent largement contrebalancer leurs effets positifs.


L’étude de Brav et al (2008 ; « Hedge Fund Activism, Corporate Governance, and Firm Performance »), sur la période allant de 2001 à 2006, montre une réaction positive du marché à l’intervention des hedge funds, qui reste corrélée avec l’amélioration de la performance de l’entreprise à la suite de l’intervention. Par ailleurs, l’action activiste réduirait les coûts d'agence dans les entreprises ciblées, en exerçant une pression disciplinaire sur la direction des entreprises afin que la valeur de l’actionnaire soit une priorité.


L’étude de Clifford et al (2008 ; « Value Creation or Destruction? Hedge Funds as Shareholder Activists ») montre que l'activisme des actionnaires, du moins des fonds spéculatifs, est associé à une création de richesse positive dans les entreprises cibles. Ce résultat contraste avec la plupart des travaux antérieurs sur l'activisme des fonds de pension et des fonds mutuels. Soumis à une campagne d'activistes, le marché réagit favorablement à des niveaux d'activisme plus agressifs qu'à des niveaux moins agressifs, en raison de l’amélioration de la performance opérationnelle des entreprises. Cette amélioration résulterait des choix stratégiques demandés par les activistes et menés par les entreprises ciblées qui amènent généralement de fortes diminutions du total des actifs, tandis que les flux de trésorerie restent relativement inchangés.


L’Étude de Bebchuk et al. (2015 ; « The Long-Term Effects of Hedge Fund Activism ») étudie l’impact à long terme des hedge funds activistes sur les performances opérationnelles et boursières des entreprises cibles à partir d’un échantillon de 2000 interventions de hedge funds activistes aux États-Unis, sur la période 1994-2007. Les résultats de leur recherche indiquent que les hedge funds activistes ont un impact positif à long terme (5 ans) sur les performances opérationnelles et financières des sociétés visées ainsi que sur leur valorisation sur les marchés financiers.

A contre-courant de ces études, Karpoff et al. (1996 ; « Corporate governance and shareholder initiatives: Empirical evidence ») et Carleton et al. (1998 ; « The Influence of Institutions on Corporate Governance Through Private Negotiations: Evidence from TIAA-CREF »), mettait en évidence le caractère non significatif de l’impact des actionnaires activistes (non hedge funds) sur la performance opérationnelle à court terme des entreprises cibles.


Plus récemment, le professeur Yvan Allaire (2014 ; « The case for and against activist hedge funds », IGOPP) remettait en cause l’impact positif des hedge funds activistes sur la performance des sociétés ciblées, tout en reconnaissant que des pistes d’amélioration étaient possibles sur la gouvernance des entreprises. Ainsi, selon l’auteur, en prenant en compte tous les aspects de l'activisme des hedge funds, les effets négatifs sur les entreprises l'emporteraient sur les avantages. Ainsi, il critique la vision purement financière de ces acteurs au détriment des problématiques sociales et économiques, ainsi que le court-termisme de leurs actions, faisant ressortir une durée de détention de 15 mois en moyenne et de 9 mois pour la moitié des cas (Nickolay Gantchev, «The Costs of Shareholder Activism: Evidence from a Sequential Decision Model » Journal of Financial Economics, Vol. 107, No. 3, March 2013, pp. 610-631).



Plus nuancée, l’étude de Dehan et al (2018 ; « Long-Term Economic Consequences of Hedge Fund Activist Interventions »), qui examine les conséquences économiques à long terme d’interventions de hedge funds activistes, montre que ces campagnes n’enrichissent que dans une minorité des cas les actionnaires, et n’entrainent pas d’amélioration des performances opérationnelles des sociétés ciblées, sans toutefois constater qu’elles font du tort aux détenteurs de parts des sociétés.


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